1ère partie: Mes pensées changent mon cerveau. L’approche neuroscientifique.
(Pensées et cerveau 1) : Introduction
Essayez de prendre le temps de vous poser pendant quelques minutes et d’observer vos pensées! Quel chaos! les idées tournoient sans cesse! Les textes fondateur du yoga, disent que le psychisme ressemble alors à un singe saoul. Pire, il serait en plus piqué par une abeille…ou un serpent!!! Il paraît que nous avons plus de 6 000 pensées par jour, une vraie machine à histoire! Nous passons donc des heures à penser. Ces pensées sont-elles anodines ou nous entraînent elles parfois dans une danse infernale de ruminations? Quel impact ont-elles sur nous? C’est ce que les neurologues ont investigué, et le résultat est assez incroyable : nos pensées modifient notre cerveau!
Les neurosciences nous disent quetout ce que l’on vit, modifie la structure de notre cerveau. Ce que l’on apprend, ce que l’on ressent, et même ce que l’on pense! C’est ce qu’on appelle la neuroplasticité du cerveau. Nous verrons que tout part du neurone, unité de base du système nerveux et comment suivant les deux lois de plasticité, nos pensées peuvent changer la structure matérielle du cerveau
(Pensées et cerveau 1) : Tout part du neurone, unité de base du système nerveux
Le système nerveux est formé d’une centaine de milliards de cellules : ce sont les neurones, cellules spécialisées qui constituent les plus petits composants du système nerveux central. Le rôle fondamental d’un neurone est de recevoir, propager et transmettre le signal nerveux. – Chaque neurone est constitué de trois entités :
- d’un soma, qui contient le noyau qui renferme le matériel génétique de la cellule
- plusieurs dendrites, qui forment une arborisation autour du soma
- d’un axone, qui est un long prolongement (pouvant varier d’une dizaine de microns à plus d’un mètre de long chez certains neurones de la moelle épinière) Il se ramifie en quelques milliers de terminaisons, les racines.Au bout de chaque racine se trouve un bouton synaptique. Les boutons synaptiques établissent une connexion entre eux et les dendrites d’un autre neurone.
– Le transfert d’information d’un neurone à l’autre s’effectue au niveau des synapses (transmission synaptique) :
La synapse : bien que les neurones soient très proches les uns des autres, ils ne se touchent pas. La synapse est la région d’interaction entre deux cellules nerveuses qui permet le passage d’un signal, d’une information d’un neurone à un autre. Lorsque l’influx nerveux atteint le bouton synaptique du premier neurone, les signaux électriques ne peuvent pas franchir la fente synaptique. La communication entre deux neurones se fait alors par l’intermédiaire des neurotransmetteurs.
Ces neurotransmetteurs sont substances chimiques qui servent de relais en traversant la fente synaptique qui sépare les deux neurones. Là, cet influx est capté par des logements spéciaux aménagés sur la surface des dendrites, qu’on appelle récepteurs. Le médiateur chimique dans la synapse permet l’articulation avec la dendrite du neurone adjacent en l’excitant ou en l’inhibant. Dans notre cerveau, l’information circule en gros de 2 façons: électriquement à l’intérieur de chaque neurones, chimiquement pour passer à travers la synapse qui relie 2 neurones.
– La communication dans une chaîne de neurones se fait dans un seul sens :
C’est ce mouvement, ou flux, qui permet au courant électrique de se propager en permanence de neurone en neurone. Un neurone peut recevoir deux types de signaux: ceux qui l’excitent et ceux qui les inhibent. Il les prend en compte pour élaborer, à son tour, un nouveau message nerveux original qu’il va transmettre. Ainsi le neurone n’est pas un simple relais mais une unité de traitement de l’information. On compte de quelques centaines à plusieurs dizaines de milliers de contacts synaptiques par neurone. Chacun de nous possèderait donc plus de 100 milliards de synapses.
Nous pensons donc que le cerveau humain est capable de générer des pensées grâce à une activité électrique impliquant des milliards de neurones et le relâchement dans la fente synaptique de multiples neurotransmetteurs.
(Pensées et cerveau 1) : Nos pensées peuvent changer la structure matérielle du cerveau
Nous pouvons changer notre cerveau simplement en pensant. Chacune de nos pensées altère l’état de nos synapses à une échelle microscopique. Au début des années 90, le neurologue Pascual-Leone démontra que le simple fait de penser change la structure du cerveau. Pascual-leone et son équipe ont prouvé l’impact de nos pensées sur notre cerveau. Grâce aux scans du cerveau effectués sur de personnes s’entrainant à la pratique du piano. Les sujets qui répétait mentalement activaient leur cerveau de la même manière que s’ils effectuaient réellement l’effort. Fait intéressant, les circuits se sont renforcés et développés dans la même région du cerveau que le groupe pratiquant physiquement.
Avec un effort mental approprié, le cerveau ne sait pas faire la différence entre un effort mental et physique. La visualisation mentale d’un geste a donc le même effet sur le cerveau que le geste physique lui-même! Tout ce qu’imagine l’esprit laisse des traces concrètes. Donc, les pistes mentales qui se créent dans le cerveau peuvent induire des habitudes bonnes ou mauvaises. Ces habitudes s’enracinent et se consolident en même temps
Deux lois de plasticité:
– Deux neurones qui réagissent ensemble se raccordent l’un à l’autre (cells that fire together, wire together). Rappelez vous, chaque pensée crée une connexion neuronale. Si vous ressassez assez souvent la même pensée, la connexion neuronale deviendra plus forte, d’autant plus qu’il y aura un attachement émotionnel connecté à cette pensée.
Pascual Leone compare le cerveau plastique a une colline couverte de neige. L’aspect de cette colline, le degré de la pente, les rochers, la consistance de la neige tout cela constitue un ensemble de données comme nos gènes. Si nous descendons la colline en luge nous avons la possibilité de manœuvrer. Nous suivons alors un itinéraire déterminé par notre habilité et les caractéristiques de la pente.Mais la deuxième fois que vous descendez il y a de fortes chances que vous vous retrouviez plus ou moins à proximité de vos traces. Et si vous passez l’après midi à descendre et à remonter vous aurez : des itinéraires très peu utilisés, d’autres moyennement utilisés et d’autres qui seront de véritables “rails” qu’il sera très difficile d’éviter.
– 2 neurones qui réagissent consécutivement se raccordent séparément.. Inversement, si une mémoire/pensée/souvenir n’est pas utilisé ou n’est que rarement stimulé, ses connexions neuronales finiront finalement par disparaître. Le cerveau humain est basé sur le principe d’après lequel. “Ce qui ne sert à rien n’a pas de raison d’exister”. “Use it or lose it”! A contrario “tout ce qui se connecte se renforce”! A cause de la nature compétitive de la plasticité, les connexions dendritiques de nos neurones ne cessent de fabriquer de nouvelles synapses et d’en dissoudre d’autres.Quand on a besoin d’apprendre quelque chose de neuf, certains circuits se créent. Quand on en a plus besoin, ils sont abandonnés et dépérissent. Car un circuit neuronal a besoin d’être sans cesse réactivé pour pouvoir subsister
(Pensées et cerveau 1) : L’apprentissage
L’apprentissage c’est forger de nouvelles connexions neuronales
Nous établissons de nouvelles connexions synaptiques dans le cerveau de deux manières: en apprenant de nouvelles choses et en ayant de nouvelles expériences. Donc, chaque fois que nous apprenons de nouvelles connaissances, que nous vivons de nouvelles expériences, le cerveau change. Moins nous le stimulons, moins nous construirons de connexions synaptiques.
La puissance de l’attention focalisée
Voir article“La science de l’attention”pour plus d’informations.
Tout d’abord apprenez à faire attention, ne vous laissez pas distraire, apprenez à vous concentrer. Il y a un système dans le cerveau qui s’appelle l’attention exécutive qui va vous permettre de sélectionner une ligne de pensée. L’attention crée une stimulation accrue. Elle dépasse le seuil normal de déclenchement neuronal, et incite donc de nouvelles équipes de neurones à s’unir. Plus la concentration d’une personne est forte, plus les signaux envoyés aux neurones associés au cerveau sont puissants. Lorsque nous ne prêtons pas une attention complète à ce que nous faisons dans le moment présent, notre cerveau active une multitude d’autres réseaux synaptiques qui peuvent le détourner de son intention initiale. Sans concentration focalisée, les connexions cérébrales ne sont pas établies et la mémoire n’est pas stockée. En d’autres termes, nous ne faisons pas de connexions synaptiques durables.
C’est donc quand notre attention est focalisée que les neurones se relient le plus. Nous louons souvent la polyvalence aujourd’hui, l’aptitude à être multitâches. Mais s’il est vrai qu’on peut apprendre en dispersant son attention,l’éparpillement cognitif ne conduit pas à des changements profonds et constants dans le cortex cérébral
Nous nous souvenons par répétition.
Tout travail d’apprentissage ( et la rééducation en est un) demande beaucoup d’efforts, une discipline, de la régularité, de l’opiniâtreté. Tous ces apprentissages ne viennent pas en une seule fois, le processus du changement du cerveau prend du temps. Tel un paysan qui creuserait son sillon toujours plus profond, la personne qui apprend doit répéter encore et encore pour conforter ses voies synaptiques. Il faut donc beaucoup de répétitions, et une attention consciente et focalisée, pour qu’une pensée s’inscrive à long terme dans notre cerveau!
Distribuer l’apprentissage est plus profitable que de le regrouper en une seule fois.
1/4h tous les jours plutôt qu’une seule fois 2H!
Désapprendre est d’ordinaire plus difficile qu’apprendre.
La plasticité compétitive explique pourquoi nous avons tant de mal à rompre avec nos mauvaises habitudes où à les désapprendre. Au cours du processus d’acquisition de la mauvaise habitude celle-ci prend le contrôle d’une aire cérébrale. A chaque fois que nous récidivons elle occupe un peu plus de terrain. Elle rétrécit d’autant l’espace disponible pour la bonne habitude.
Ce qui est le plus difficile dans le changement, c’est de ne pas faire les mêmes choix que la veille.
Joe Dispenza nous explique. Quand vous décidez de ne plus penser de la même manière, vous avez fait le premier pas. Mais préparez vous, cela va être inconfortable, cela ne va pas être familier, il y aura de l’incertitude. Comme vous n’avez plus les mêmes habitudes, vous ne ressentez plus les mêmes émotions. Ainsi, vous ne déclenchez plus les mêmes pensées qui déclenchent les mêmes processus chimiques. Or le corps a l’habitude de sa continuité chimique, et soudain il dit: “qu’est-ce que tu fais là haut? . J’ai déjà ajusté tous les récepteurs chimiques ”.
Ainsi, après avoir déclaré que vous ne serez plus jamais une victime, vous entendez ces pensées dans votre tête. “Tu ne changeras jamais”. A partir du moment où vous répondez à ces pensées comme si c’était vrai, elles vont conduire aux mêmes choix. Ces choix entraînent les mêmes comportements, les mêmes expériences, les mêmes émotions. Les gens se disent alors:“oui je suis bien, ce ressenti est familier”
(Pensées et cerveau 1) : En conclusion
Tout ce que l’on vit modifie la structure de notre cerveau. Ce que l’on voit, ce que l’on fait, ce que l’on ressent, voire même ce que l’on pense! Ainsi, les neurologues ont en effet montré que le simple fait de visualiser un geste développe la même partie du cerveau que si l’on faisait ce geste physiquement.
Quelles sont les implications d’une telle découverte? En ce sens, Pascual Leone nous dit: « Si nos pensées modifient notre cerveau, il nous faut faire attention à ce que l’on pense! » Quant à Aristote, il disait déjà il y a plusieurs siècle: “Nous sommes ce que nous répétons souvent. L’excellence n’est pas un acte mais une habitude”. Nous devons prendre la responsabilité de nos pensées si nous voulons contrôler le développement de notre cerveau. Et de ce qui en découle : notre vision du monde, nos comportements, nos émotions… C’est une question d’entraînement, de pratique mais surtout d’attention… Découvrez comment faire dans la deuxième partie de cet article sur les pensées: “Différentes manières de considérer autrement ses pensées« .
Réferences:
- Boris Cyrulnik Pierre Bustany,Christophe André, Jean-Michel.
- Oughourlian,Thierry Janssen Patrice Van Eersel, Votre cerveau n’a pas fini de vous étonner, Albin Michel 2012.
- Norman Doidge, Les étonnants pouvoirs de transformation du cerveau, Belfond 2007.
- Matthieu Ricard, Wolf Singer,Cerveau et méditation, le dialogue entre Bouddhisme et les neurosciences, Allary Éditions 2017.
- Joe Dispenza, Evolve your brain, Hici books 2017.
- Christophe André, Je médite jour après jour, Iconoclaste 2015.
- Christophe André, Matthieu Ricard, Alexandre Jollien, Matthieu Ricard, L’art de la Méditation, Nil 2005.
- Chad Meng Tang, Connectez vous à vous mêmes, Belfond.
- Saki Santorelli, Heal Thy Self, Bell Tower New York.
- Jon Kabat Zinn, Où tu vas tu es, JC Lattès.
- Jon Kabat Zinn, Au coeur de la tourmente la pleine conscience, Bien Être.
- Thich Nhat Hanh, Pratique de la Méditation à chaque instant, Courrier du livre 2011.
- Sakyong Mipham, Courir comme on médite, Editions Tredaniel.
Cliquer sur les liens ci dessous pour découvrir les différents articles.
1 – La science de l’attention 2- Pensées et cerveau 1 : Mes pensées changent mon cerveau l’approche neuroscientifique 3 – Pensées et cerveau 2 : Différentes manières de considérer autrement ses pensées 4 – Les bienfaits de la Méditation


